Depuis la fin du XIX ème une chose était certaine : la photographie ne pourrait être une industrie que si tout le monde pouvait en faire. Transporter des plaques en verre, les charger à chaque vue dans un appareil lourd posé sur un trépied, mettre sa tête dans un drap noir et viser : tout cela n’allait pas vers un procédé à la portée de tous. Et c’est là qu’intervient Oscar Barnack, ingénieur chez Leitz (usine d’optique, futur fabricant d’appareils photo) qui a l’idée de concevoir un appareil qui utiliserait du film de cinéma, alors déjà en 35 mm.
A l’époque, les vues qui passaient dans les projecteurs étaient en 18×24 mm. Barnack doubla cette taille de façon à avoir plus de surface afin d’obtenir des images assez définies eut égard aux sensibilités des films de l’époque. Le 24×36 était né.
Ce n’est que 20 ans plus tard, les films ayant fait quelques progrès, que le premier Leica sortit des usines Leitz. On pouvait faire 36 vues sur un film de 1,70 m enroulé dans une bobine étanche à la lumière.
Bon, tout ça c’est très bien, mais pourquoi aujourd’hui trouve-t-on des reflex (et même un Leica M9) en numérique avec un capteur 24×36 mm ?
Il faut d’abord comprendre que du début des années 30 jusqu’au milieu des années 90, le format dominant a été le 24×36, chez pros et amateurs confondus. 60 années pendant lesquelles les fabricants de boîtiers, d’optiques, de films, de papier, de projecteurs, de laboratoires etc. ont majoritairement  alimenté le marché avec des produits compatibles avec le 24×36 mm. Bien sûr certains pros ont opté pour le moyen format (de 4,5×6 cm à 18×24 cm en passant par le 4×5’ etc.), tandis que les formats 110, Instamatic, APS tentaient d’offrir une alternative aux amateurs. Mais le format le plus répandu est resté le 24×36.
Le numérique a commencé ses carrières pro et grand public au milieu des années 90 avec des capteurs de la taille d’un ongle du petit doigt. Intimement lié à la qualité du résultat, le capteur était voué à une augmentation de taille de la même manière que le 24×36 en était une réduction en 1905. But commun : produire de bons boîtiers à des prix abordables.
Un petit capteur sur un boîtier numérique multiplie la taille (et l’effet) de l’optique. Un 6 mm sur un compact peut faire des images comme si l’on avait monté un 35 mm (grand angulaire moyen) sur un boîtier 24×36 mm argentique. D’ailleurs, encore maintenant les fabricants donnent l’équivalent 24×36 de leurs zooms. Car beaucoup de clients photographes ont toujours « la culture 24×36 ». Est-ce que ceci suffit à justifier la résurgence ces deux dernières années de capteurs 24×36 mm ? En partie, le progrès étant de fournir des capteurs plus grands, mieux maîtrisés et donc de bien meilleures images.
Mais ce n’est pas tout. Des milliers d’objectifs ont été calculés pour le 24×36 au cours des 60 années de la vie de ce format argentique. Cette expérience a été mise à rude épreuve quand il a fallu obtenir des images de qualité avec des capteurs de la moitié voire du tiers de cette surface. Minolta et Konica ont payé le prix fort de ce type de progrès par leur disparition de la planète photo.
24×36 mm, désormais un standard
Côté technique ou côté marketing : tout le monde a compris que le 24×36 était de retour, voire n’avait jamais été effacé de l’inconscient collectif. Installé comme la référence pro, le capteur à la taille inventée par Oscar Barnack en 1905 va se banaliser dans le segment des reflex experts. Seul le Leica M9, qui peut aussi être considéré comme le meilleur (en tous cas le plus cher) des compacts possède un capteur 24×36 mm. Juste retour des choses.












jeu, oct 1, 2009
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