Lhassa, Tibet, 1er mai. Expedition Marc Batard. Jour 1 midi (heure locale)

ven, mai 1, 2009

Ordinateurs

Lhassa, Tibet, 1er mai. Expedition Marc Batard. Jour 1 midi (heure locale)

Par Nathalie Lamoureux

Le Toit du monde attire comme un aimant. Selon que l’on y arrive par le Nepal ou le Tibet, le comité d’accueil n’est cependant pas le même. Au joyeux bordel ambiant de Katmandou, Lhassa fait figure d’enfant sage. Le ton est donné dès l’arrivée à l’aéroport. Ambiance d’enterrement. Silence de plomb. Pas de musique d’accueil. Le personnel est au garde à vous. Les employées de l’immigration jettent de temps en temps des sourires pincés lorsque le chef a le dos tourné… un quart de seconde. Les fouilles se font à la tête du client. Marc, qui s’est fait confisquer ses deux rouleaux de scotch à Katmandou, doit sortir ses livres que l’officier examine à la loupe. Moi, je passe sans problème avec mes 15 kilo de high-tech.

Dehors, la puissance de la montagne, formée de plateaux arides sablonneux hérissé, par endroit de gros blocs de pierre apporte un peu de baume au coeur. Cela dit, la route qui mène à Lhassa (1H30 environ à 40 km/h, vitesse respectée) donne parfois l’impression de traverser des villages-fantôme ravagés par une épidémie. Quelques âmes seulement dans les rues, souvent désertes, balayés par des vents de poussière.

Durant tout notre périple, nous sommes pris en charge par la Chinese Mountain Association (CMA) qui gère les hébergements, les visites et fournit un officier de liaison, compris dans le package, pour nous accompagner jusqu’au camp de base de l’Everest (5000 mètres). En passant, le prix de la chambre de notre hôtel coûte 130 euros (3 étoiles) contre 100 euros pour le Sheraton (4 étoiles) voisin. Mais Business is business, c’est la CMA qui décide.

L'hôtel où se trouvent les membres de l'expedition.

L'hôtel où se trouvent les membres de l'expedition.

Longtemps inaccessible aux étrangers, Lhassa charrie un lot d’histoires invraisemblables et a nourri de nombreux livres. La réalité sur le terrain est très contrastée. Le beurre rance embaume toujours la ville mais la sinisation, tendance sécuritaire, va bon train. Au niveau de la vieille ville, des sentinelles sont postés sur les toits. Les lampadaires abritent des caméras. Cette sensation d’être épiée à tout bout de champ est pesante. Elle gâche un peu le charme de ce village de montagne ( 3600 mètres), innervé des labyrinthes de ruelles étroites, rythmé par le ballet incessant des pélerins en procession, bordée d’échoppes et de magasins aux couleurs acidulées .

A chaque endroit stratégique, (place Jokhang, temple…) des gardes locaux, attablés autour d’un thé, assurent l’ordre. Le soir, ces derniers ne sont plus aussi sympathiques. Normal, ce sont plus les mêmes. aagradesretouche 300x225 Lhassa, Tibet, 1er mai. Expedition Marc Batard. Jour 1 midi (heure locale)Les tenues bleu marine très foncées ont cédé la place à des costumes kaki, les casquettes à des casques à visières, les thermos de thé à des extincteurs rouges, sans doute des bombes lacrymogènes. Des boucliers complètent l’équipement.

Tous les soirs, à partir de 20 heures, sur l’esplanade basé au pied du Potola, ex- résidence du Dalaï-lama et siège du gouvernement tibétain, touristes et badauds assistent au spectacle de jets d’eau et de lumières fluo, sur fond de musique patriotique ou classique. Le spectacle a été pensé par les chinois pour que les gens tourne le dos au Potola, symbole de la puissance tibétaine du XVIIème siècle. Deux militaires (sur la vidéo) somment un groupe de jeunes, assis par terre de se relever. Seule la position accroupie est autorisée.

Potola, le temple du Dalaï Lama

Potola, le temple du Dalaï Lama

Puis, à partir de 22 heures, les grandes manoeuvres commencent. Une première colonne composée d’une soixantaine de soldats, sortie d’une caserne, se met à courir sur l’artère principale du vieux quartier (Dekyi Shar Lam). Une seconde, un quart d’heure plus tard, déboule en sens inverse, tandis qu’une troisième surgit d’un faubourg. Toutes convergent vers la place principale afin, ensuite de quadriller la ville. Puis, deux chars, aux allures de gros scarabées, s’engouffrent dans la ruelle que nous emprunter pour rejoindre l’hôtel. Juste le temps de se pousser sur le bas côté.

Et c’est ainsi, tous les jours, depuis des mois.

Articles sur le même sujet

,

Cet article est rédigé par:

Paul Khayat - qui a rédigé 260 articles sur Numerimatch.


Laisser un commentaire